Quand entreprises et projets engagés font avancer le territoire ensemble

visuel Yannick ETTER

Soutien de plusieurs campagnes de financement participatif sur Okoté, dont récemment celle des Compotes, Yannick Etter partage dans cet entretien sa vision d’une entreprise plus connectée à son écosystème, attentive à son impact et capable de contribuer, à son échelle, au bien commun.

Entre conviction personnelle, responsabilité territoriale et effet d’entraînement, il invite les dirigeants à franchir le pas — simplement, concrètement, mais résolument.

 

Vous êtes à la fois dirigeant de Passion Automobiles et Vice-Président de la Société Industrielle de Mulhouse. Comment ces deux engagements se nourrissent-ils aujourd’hui ?

Passion Automobiles est aujourd’hui une entreprise d’une certaine taille avec un poids économique important et de nombreux collaborateurs. À partir d’un certain niveau de développement, j’ai du mal à concevoir qu’une entreprise ne se préoccupe pas, au minimum, de son écosystème.

Nos clients vivent ici, nos salariés vivent ici, moi aussi. Et j’ai envie que nous puissions tous vivre dans les meilleures conditions possibles. Cela dépasse largement notre cœur de métier, qui consiste à vendre et entretenir des véhicules. Cela suppose aussi d’accompagner le territoire.

C’est précisément ce qui motive mon engagement au sein de la Société Industrielle de Mulhouse (SIM). D’une certaine manière, la SIM est un bras armé qui permet de faire émerger des projets que nous n’aurions pas le temps de porter seuls. Dans nos entreprises, nous avons souvent « la tête dans le guidon ». Des structures comme la SIM ou Okoté nous permettent malgré tout d’exercer notre responsabilité sociétale.

Je ne sais pas si mes différents engagements se nourrissent mutuellement, mais ils sont clairement interconnectés. Il existe un véritable flux entre Passion Automobiles, la SIM et Okoté. Ensemble, ils nous permettent d’agir concrètement sur notre territoire.

 

Vous avez soutenu plusieurs projets via Okoté ces dernières années. Comment votre engagement en faveur de projets à impact s’est-il construit ?

Ces dispositifs nous permettent d’aider au-delà de ce que nous pourrions faire seuls !

Le Garage Solidaire, par exemple, faisait écho à notre univers professionnel. L’automobile est un secteur que nous connaissons bien, ce qui nous a permis d’apporter des compétences concrètes, à la fois techniques et juridiques. Mais au-delà de cette proximité, il y avait surtout une cause forte : faciliter l’accès à l’emploi, alors même que la mobilité constitue encore un frein majeur pour beaucoup de personnes.

Avec Les Compotes, l’approche est différente. Nous n’avons pas de compétence particulière dans l’émergence de tiers-lieux, mais le projet porte des valeurs profondément humaines. L’automobile est un secteur exigeant, parfois rude, où l’humain n’est pas toujours au centre. Soutenir ce type d’initiative est aussi une manière de réaffirmer que nous voulons faire un peu plus, remettre de l’humain dans notre environnement et dans nos engagements.

Cet intérêt pour les projets à impact ne date pas d’hier. J’ai aussi été très investi pendant dix ans au sein du Réseau Entreprendre, notamment comme président du comité d’engagement. C’est une expérience passionnante, autour de l’accompagnement d’entrepreneurs créateurs d’emplois.

 

Qu’est-ce qui vous a convaincu de soutenir récemment le projet des Compotes à Mulhouse ? 

Très honnêtement : un véritable coup de foudre !

Dans le cadre de l’appel à projets lancé par la SIM, nous avons rencontré de nombreux porteurs d’idées. Lorsque nous avons découvert le dossier des Compotes, je dois reconnaître que je n’avais pas immédiatement saisi toute la portée du concept.

Puis nous avons rencontré Marie-Elisabeth, et humainement, cela a immédiatement fonctionné. J’ai été touché à la fois par le projet et par la manière dont elle le porte. Il y avait dans sa démarche une approche beaucoup plus humaine du business, moins centrée sur la seule logique capitalistique. J’ai trouvé que cela avait toute sa place ici, au sein de la SIM. Le projet venait aussi répondre très précisément à un besoin du lieu. Il y avait, d’une certaine manière, un vide à combler, et Les Compotes y répond parfaitement.

Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est la constance de son engagement auprès des publics les plus fragiles. Je trouve que c’est l’une des plus belles preuves d’humanité : aider, de manière désintéressée, ceux qui en ont besoin.

Quand on évolue dans un secteur parfois dur, cela fait du bien. Cela remet les pendules à l’heure.

 

Qu’est-ce qui vous parle particulièrement dans ce type de projets ?

Il y a d’abord l’aspect très concret du projet : proposer un lieu de restauration simple, convivial, accessible et agréable dans un endroit aussi emblématique.

Mais au-delà du lieu en lui-même, ce qui me parle particulièrement, c’est la dimension profondément humaniste du projet. Ce sont des valeurs que la SIM porte depuis longtemps, et qui résonnent aussi avec celles de Passion Automobiles : la gentillesse, l’attention portée aux autres, le fait de prendre du temps et de l’énergie pour accompagner les plus fragiles.

Lorsque nous avons lancé l’appel à projets de la SIM, nous étions très ouverts. Nous cherchions avant tout un lieu de restauration convivial, accessible, vivant, avec un lien cohérent avec l’esprit du lieu. Nous avons étudié des projets très différents les uns des autres. Ce qui a fait la différence avec Les Compotes, c’est justement cette capacité à allier convivialité, utilité sociale et ancrage territorial.

 

Selon vous, quel rôle les entreprises peuvent-elles jouer dans le développement de projets à impact sur leur territoire ?

Les entreprises ont un rôle majeur à jouer !

Nous sommes dans une période où les moyens publics se réduisent progressivement. Finalement, si l’on regarde l’histoire de la SIM, c’est assez intéressant : à l’origine, elle portait justement des projets sociaux et caritatifs sur le territoire. Puis l’État a progressivement pris une place plus importante, avec davantage de moyens, et la SIM a dû se réinventer.

Aujourd’hui, nous sommes peut-être à un moment où les entreprises doivent reprendre une part de cette responsabilité dans l’accompagnement du territoire. Le modèle du capitalisme pur et dur, déconnecté de son environnement, ne fonctionne plus. Une entreprise qui ne se préoccupe ni de ses salariés, ni de son territoire, ni de son impact, devient rapidement indésirable. Aujourd’hui, être désirable est devenu un enjeu central pour les entreprises : désirable pour ses collaborateurs, ses clients, ses partenaires.

Mais l’engagement ne se résume pas à une contribution financière. Bien sûr, les entreprises peuvent soutenir économiquement des projets utiles au territoire lorsque c’est possible. Mais elles peuvent aussi agir autrement : donner du temps, participer, transmettre des compétences, créer des liens, défendre certaines valeurs.

Il y a un véritable travail d’influence positive à mener autour de la notion de bien commun. Le bon ne se diffuse pas tout seul. Il demande des efforts, du travail et de l’engagement.

 

Quel rôle la Société Industrielle de Mulhouse pourrait-elle jouer pour encourager ces coopérations entre entreprises et acteurs engagés du territoire ?

Je pense que c’est déjà ce que la SIM fait depuis longtemps !

Avant tout, la SIM est un lieu de rencontres. Un lieu emblématique de la ville, mais surtout un espace où des personnes d’horizons très différents peuvent échanger et faire émerger des idées.

Quand on parle d’entrepreneurs, il faut d’ailleurs entendre ce terme au sens large : cela peut être un chef d’entreprise, mais aussi un responsable associatif, un professeur d’université, un élu ou toute personne porteuse d’un projet.

Historiquement, la vocation de la SIM était déjà de rassembler des personnes pour faire émerger des projets utiles au territoire. Cet ADN est toujours très présent aujourd’hui.

Concrètement, cela passe par des groupes de travail, des rencontres, des visites d’entreprises ou encore des temps d’échange autour de sujets comme l’économie sociale et solidaire, la jeunesse ou l’économie raisonnée.

Et souvent, le simple fait de mettre les gens en relation suffit déjà à faire naître des projets. C’est notamment ce qui s’est passé avec Motoco, par exemple.

 

Quel message adresseriez-vous aux dirigeants du territoire qui hésitent encore à s’engager ?

Le premier conseil, c’est tout simplement de faire le premier pas !

Souvent, lorsqu’on parle d’engagement, on imagine immédiatement des projets énormes, très coûteux, très chronophages. Mais il est tout à fait possible de commencer modestement, avec des actions simples et concrètes.

Cela peut être une collecte de jouets à Noël, un soutien ponctuel à une initiative locale ou quelques heures de bénévolat. Ce type d’action ne demande pas forcément beaucoup de temps ou d’énergie, mais peut avoir un impact très fort, à la fois pour les bénéficiaires et pour les équipes en interne.

Je crois beaucoup à l’idée des “petits pas”. Commencer simplement, observer ce que cela produit, voir ce que cela apporte aux autres mais aussi à l’entreprise elle-même.

Un autre point essentiel, c’est d’impliquer les équipes. L’engagement ne doit pas reposer uniquement sur le dirigeant. Lors du projet du Garage Solidaire, par exemple, nos collaborateurs se sont rapidement approprié la démarche. Les échanges se faisaient directement entre équipes, sans forcément passer par moi.

Et c’est important, parce que lorsque les collaborateurs s’emparent eux-mêmes du projet, l’engagement devient beaucoup plus naturel et durable.

Enfin, il faut aussi savoir communiquer sur ces actions. D’abord en interne, pour donner du sens, expliquer la démarche et éviter les incompréhensions. Mais aussi plus largement, parce que mettre en avant des initiatives positives permet de créer un effet d’entraînement et de donner envie à d’autres de s’engager à leur tour.

 

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Un grand merci à Yannick pour son témoignage et son engagement sur le territoire ! 

 

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